Éloge de l'itinérance à la pagaie
Gage de déconnexion, une descente de Loire à la pagaie constitue une expérience de pleine liberté au plus près du fleuve.
La Loire sans contrainte n'est pas chose facile. Même le grain de sable, que l'on imagine totalement libre, doit s'arrêter au gré des étiages. Formant ces délicieuses petites dunes que l'on rencontre, sous forme de tresses intimes au creux d'une boire ou de véritables petits déserts ligériens. Il y a le vélo et sa Loire à vélo, les bateaux “traditionnels”, à ce jour quasi prisonniers de leurs biefs, la balade en canoë à la journée en “saison” et bien souvent en groupe.
Très simplement on peut descendre la Loire à pied. Et puis il y a l'itinérance à la pagaie.
Voilà une itinérance douce, sur la rivière, au contact de l'eau, entre ses rives, qui sent bon la pleine liberté. Elle est silencieuse, sans rythme imposé ni contrainte horaire, en définitive le véritable luxe moderne.
L'itinérance à la pagaie, quel que soit le type d'embarcation, déconnecte totalement le pagayeur au-delà de deux nuits minimum. La nuit sur une île, sur la Loire, on parle alors de bivouac plus que de camping pour se cacher derrière un terme plus flou en termes de législation. Une appellation encline à déclencher un imaginaire d'aventure, de liberté, de rébellion presque, sans emplacement numéroté où s'installer.
La Loire vue du fleuve
Pratiquer l'itinérance en canoë sur la Loire est moins contraignant que dans un parc canadien ! Nul besoin de transporter son bois et le lieu du bivouac n'est pas annoncé aux autorités dès le départ de la randonnée...
Partir en canoë sur la Loire pour plusieurs jours, c'est toucher du bout de la pagaie la “sauvageté” de la rivière que beaucoup décrient à coup de “il y a deux grands barrages en amont, la Loire n'est pas un fleuve sauvage”. Si un doute persiste, il faut faire de l'itinérance en hiver, sur une rivière généreuse, aux ambiances méconnaissables, pleine de mètres cubes, d'îles, d'îlots, de chenaux réouverts. Une Loire qui offre le choix – “On prend quel bras, à gauche ?” – sur des embarcations instables, certes trop souvent multicolores, mais dont les ancêtres furent probablement les premiers objets flottants identifiés sur le fleuve…
Jean-François Souchard
Photographe de Loire et fondateur de Canoë company