Lamproie à des difficultés
Le bassin de la Loire accueillait l’une des plus grosses populations d'Europe de lamproie marine au début des années 2000. Mais les effectifs s’effondrent…
Depuis des temps immémoriaux, la lamproie marine remonte les cours d’eau pour venir s’y reproduire et mourir. Espèce migratrice vivant alternativement en eau douce et en eau salée, elle passe plus de 70 % de sa vie à l’état juvénile (ammocète) enfouie dans le substrat des zones sablo-limoneuses des cours d’eau. Qu’y fait-elle si bien cachée ? Elle grandit et attend la métamorphose qui la préparera à sa vie marine. Pas véritablement poisson, la lamproie marine est un vertébré primitif dépourvu de mâchoires et de nageoires paires, mais doté d’un disque buccal qui lui permet de se fixer au flanc des poissons. Adoptant un mode parasitaire en mer, elle grandit, entre un et trois ans, dans les zones côtières avant de remonter à nouveau dans les cours d’eau.
Des effectifs en chute libre
Dans le bassin de la Loire, notamment dans le sous-bassin Vienne-Creuse, une importante population de lamproie marine s’est reconstituée à la suite de l’effacement du barrage de Maison-Rouge (Indre-et-Loire) en 1998. Totalisant plus de 90 000 individus observés aux stations de vidéo-comptage de ce sous-bassin en 2007, le bassin de la Loire figurait parmi les plus gros effectifs européens de lamproies marines.
Depuis huit ans, les populations se sont effondrées à la suite des déficits hydrologiques chroniques et sans doute d’une détérioration de la survie marine qui semble affecter toutes les populations françaises, espagnoles et portugaises. Avec 18 individus comptabilisés en 2024 aux stations de vidéo-comptage du bassin de la Loire, il y a urgence à agir en commençant par supprimer ou réduire tous les facteurs de mortalité anthropique qui pèsent sur la lamproie : pêche, obstacles à la migration dans les deux sens, prélèvements d’eau dans les rivières qui accentuent les déficits hydrologiques, etc. Autant de leviers qui permettront peut-être de préserver cette espèce menacée d’extinction.
Marion Legrand
Chargée de programme tableau de bord migrateurs du bassin Loire à Logrami (Loire grands migrateurs)