Publié le 31/03/2026

La fabrique des paysages agricoles du Val de Loire

Viticulture, élevage, maraîchage, polyculture... Les paysages agricoles sont l'une des composantes essentielles du Val de Loire patrimoine mondial. Depuis 2025, la Mission Val de Loire travaille sur la fabrique des paysages agricoles et ses dynamiques de transformation pour identifier les enjeux, les évolutions et les acteurs de cette activité économique déterminante pour la préservation des paysages. Après un premier portrait réalisé à partir des données du recensement agricole de 2020, il s'agit désormais de confronter ces chiffres aux réalités locales.

Si la place de l’agriculture dans la reconnaissance de l’inscription du Val de Loire est essentielle, il est important de mieux comprendre comment le monde agricole y contribue et avec quel niveau d’information concernant la trajectoire patrimoniale des paysages. Les mentions de la dimension agricole des paysages dans le dossier d'inscription sont lacunaires, essentiellement orientées autour de la mise en valeur de patrimoine bâti. Or les paysages agricoles sont l’une des principales composantes d’un paysage culturel comme le Val de Loire et contribuent pleinement à la valeur de ce site exceptionnel “façonné par des siècles d'interactions entre les populations et leur environnement”.

Portrait des paysages agricoles ligériens

L’agriculture est l’une des activités qui a historiquement participé au développement et à l’attractivité de ce territoire. La géomorphologie du val et le climat, propices à la culture, ont favorisé l’implantation de communautés humaines depuis l’Antiquité. La présence de l’activité agricole constitue donc une permanence et représente encore près de 45 % de la surface du bien (recensement agricole de 2020). Surface qui est restée stable entre 2010 et 2020.

Un portrait synthétique des paysages agricoles ligériens a été réalisé, en association avec les DREAL Centre-Val de Loire et Pays de la Loire, sur la base des données du recensement agricole de 2020 transmis par la DRAAF Centre Val de Loire. Le territoire étudié correspond au périmètre du Val de Loire Unesco et de sa zone tampondef., soit 305 446 ha répartis sur 2 régions et 155 communes. Ce portrait a permis de révéler les tendances de l’agriculture ligérienne à grande échelle, ses forces et faiblesses, ses spécificités et ses enjeux.

Aujourd’hui, malgré les difficultés auxquelles fait face l’agriculture française, l'agriculture ligérienne reste dynamique. La déprise agricole est faible sur le territoire, portée par des cultures fortement représentées (vigne, céréales et oléoprotéagineux, polyculture élevage) ainsi que des cultures moins étendues mais qui se développent bien (légumes).

  • La polyculture élevage (système de production agricole combinant une ou plusieurs cultures et au moins une activité d’élevage) incarne la diversité des cultures qui perdure. Elle confère au territoire des paysages agricoles variés et complémentaires.
  • En 2020, la viticulture, culture identitaire du Val de Loire, reste majoritaire en nombre d’exploitations et en production brute standard. Aujourd’hui, alors que la filière connaît des difficultés, le Val de Loire est un des vignobles les plus épargnés, avec des acteurs qui semblent s’organiser pour limiter la crise sur le territoire.
  • La culture de légumes, que ce soit en surface cultivée ou en nombre d'exploitations, augmente.

Les exploitations du Val de Loire sont marquées par des activités de valorisation et diversification, avec néanmoins de fortes disparités entre les territoires. Les signes de qualité et d’origine sont principalement liés aux exploitations viticoles et de caprins. La vente en circuit court et la production en agriculture biologique y sont aussi particulièrement développées.

Les enjeux de l'agriculture ligérienne sont similaires au contexte national (accès aux ressources, évolution de la consommation, changement climatique, concurrence mondiale, etc.), tout en ayant des spécificités liées aux contextes géomorphologique et historique. Le maintien de la diversité des exploitations et des cultures, ainsi que leur ancrage territorial, pourront soutenir l'agriculture ligérienne et accompagner sa résilience. La valorisation et la diversification des activités des exploitations semblent aussi être des pistes pour que celles-ci puissent faire face aux défis majeurs qui les attendent.

Arpenter les territoires et rencontrer les acteurs concernés

Il s’agit désormais d’arpenter les territoires pour étudier ces questions à l’échelle locale, en révélant leurs similitudes et leurs spécificités, qu’elles soient liées aux différences naturelles (géomorphologie, climat…) ou bien aux divergences techniques ou culturelles (pratiques culturales, attachement au territoire, héritages historiques, spécificités sociales, etc.).

Entre 2026 et 2028, la Mission propose d’étudier les paysages agricoles en se rapprochant des acteurs concernés afin de recueillir leur vision du territoire, leur rapport au paysage et les liens qu’ils font entre leur activité et l’inscription du Val de Loire sur la liste du patrimoine mondial. Les regards croisés des différents acteurs du monde agricole, (agriculteur·ices, habitant·es, consommateur·ices, institutions…) ainsi que les travaux scientifiques qui portent sur ce sujet pourront esquisser une lecture à la fois historique, technique, sensible et vivante du rôle de l’agriculture dans la fabrique des paysages du Val de Loire.

Glossaire

  • Zone tampon

    La zone tampon d'un bien Unesco est "une aire entourant le bien proposé pour inscription dont l'usage et l'aménagement sont soumis à des restrictions juridiques et/ou coutumières, afin d'assurer un surcroît de protection à ce bien." (article 104 des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial) Pour le Val de Loire, la zone tampon correspondant aux limites administratives des communes concernées par l'inscription en 2000. Elle n'a pas été modifiée lors de la création de communes nouvelles (regroupement de communes).

Illustration principale : Une meule dans un champ de blé à Sully-sur-Loire. CC BY-NC-SA Bruno Marmiroli / Mission Val de Loire