Grande cave en pierre comportant des dizaines de sacs ronds alignés au sol où poussaient les champignons.

Patrimoines souterrains

Au Moyen Âge, l’activité d’extraction du tuffeau se développe très largement dans le coteau, offrant un réseau de plusieurs centaines de kilomètres de galeries souterraines.

Les couches géologiques formant ce coteau sont issues des boues calcaires composées d’organismes marins et de débris de roches qui se sont déposés pendant trente millions d’années lors d’une période du Crétacé supérieur, le Turonien. La pierre qui en est extraite, le tuffeau, est une craie blanche, peu fossilifère, réputée et diffusée largement par le biais de la marine de Loire ; elle alimente de nombreux chantiers de construction jusqu’en Bretagne.  La carrière de la Maumenière à Montsoreau fut l’une des plus importantes et conserve des traces d’extraction du tuffeau sur plusieurs siècles.

La migration du champignon de Paris

Déjà cultivé dans les jardins de Versailles par Jean-Baptiste de La Quintinie, le champignon est produit dans les catacombes et les carrières parisiennes à partir de 1810.

Vers 1880, l’explosion démographique et la croissance urbaine contraignent les producteurs parisiens à trouver de nouveaux lieux aux conditions géologiques et topographiques similaires. Le Val de Loire, et plus particulièrement le Saumurois, réunissent ces critères : aux vastes réseaux de galeries souterraines s’ajoute la proximité de l’École de cavalerie de Saumur et d’animaux de bâts, dont le fumier produit une matière première idéale pour la préparation du compost et le développement des champignons.

Grandeur et décadence  du champignon saumurois

La période d’entre-deux-guerres marque une forte expansion dans l’installation des champignonnières en Saumurois, pour connaître son apogée dans les années 1970. Le mode de production évolue : d’abord en meules, technique aux rendements inégaux, mais la mieux adaptée aux réseaux souterrains, la culture se fait en sacs à partir des années 1950, puis en caisses superposées. Les années 1990 connaissent une crise majeure du champignon du fait de la concurrence hollandaise et polonaise, et l’abandon progressif des caves, dont la production souterraine à grande échelle cesse définitivement dans les années 2000.  Le champignon est toujours produit dans les chambres de culture hors-sol du Saumurois.

Depuis le début du XXIe siècle, presque toutes les exploitations en caves sont abandonnées et laissent place à des friches industrielles et souterraines. Ce patrimoine est néanmoins à nouveau plébiscité par les vignerons comme lieu de stockage de leur production.

Illustration principale : Champignonnière souterraine abandonnée, Parnay. © Thierry Seldubuisson