Construction d'un bateau en aluminium et habillage bois dans l'atelier de l'association Boutavant, à Tours. © Jean-Félix Fayolle

Faire toue de tout bois ?

Objets composites, constitués de matériaux, de techniques et d’éléments d’époques différentes, les bateaux de Loire d’aujourd’hui n’en demeurent pas moins relativement homogènes. Une évolution qui témoigne de la vitalité de cette pratique de construction patrimoniale.

Au cours de la dernière décennie, un nombre croissant de bateaux de Loire ont été construits sur la base d’une coque métallique habillée de bois. 
Cette alternative a été favorisée par les problèmes de longévité de certaines coques en bois mais aussi par les facilités apportées par le métal en matière d’entretien et de réglementation. Si la défiance envers le bois aurait pu avoir des répercussions sur les charpentiers en bateaux, ceux-ci ont, au contraire, accompagné ce mouvement en nouant des partenariats avec des soudeurs ou des chaudronniers et en explorant les possibilités offertes par l’acier et l’aluminium.

Une combinaison d’éléments modernes et traditionnels

L’intégration sans heurt de ces matériaux et des techniques de fabrication qui leur sont associées met en lumière les dynamiques contemporaines des pratiques de construction. En effet, depuis le renouveau patrimonial de la marine de Loire à la fin des années 1980, bien que l’objectif ait d’abord été de reconstruire une flottille de bateaux historiques, des éléments modernes et traditionnels, des moteurs hors-bords et des gréements à voile carrée, ont été associés dès les projets pionniers. C’est leur forme et leur esthétique qui confèrent aux bateaux de Loire leur identité. Les éléments susceptibles d’altérer l’aspect des bateaux sont invisibilisés au moyen de peintures noires ou d’habillages en bois.

Des formes au service des usages

Mais les constructions contemporaines ne sont pas pour autant de simples simulacres. En témoignent les critiques suscitées, chez les bateliers, par les bateaux dont les formes, bien qu’inspirées par l’esthétique ligérienne, ne les destinent pas à la navigation mais à servir de logements. C’est que la question des formes est directement liée à celle des usages. Or, la pratique privilégiée par les bateliers reste la navigation, non seulement au moteur mais surtout à la voile et à la bourde. Dès lors, il s’agit de construire des bateaux aux formes adaptées aux conditions de navigabilité, en usant des techniques et des matériaux les plus efficaces. En ce sens, le recours au métal tout comme le souci de faire évoluer les formes et de les adapter aux pratiques contemporaines sont deux indices de la vitalité de cette pratique patrimoniale.

Théo Lebouc
Ethnologue, membre de l’équipe PCI (Patrimoine culturel immatériel) autour des savoirs nautiques ligériens

Illustration principale : Construction d'un bateau en aluminium et habillage bois dans l'atelier de l'association Boutavant, à Tours. © Jean-Félix Fayolle