À vendre !
"Une des plus jolies maisons de la Province, tant par la beauté et la rareté de sa situation que par ses bâtiments, jardins haut et bas, etc."
C’est par ces mots qu’est mise en vente le 21 janvier 1780, dans la presse locale, la maison de maître du Haut-Plessis située à La Pointe, à la confluence de la Maine et de la Loire. L’annonce se veut séduisante. La position, près la Ville d’Angers, est avantageuse. La facture des bâtiments et la multiplicité des espaces sont autant d’atouts pour les futurs acquéreurs. Surtout, c’est la singularité de la vue et le panorama alentour qui sont mis en avant. Si son objectif est avant tout promotionnel, cette réclame témoigne du renouvellement du regard, au-delà des murs de la propriété, qui s’impose à la fin du XVIIIe siècle.
L’appétence des citadins pour les maisons de villégiature à cette époque n’est pas nouvelle. Dès le milieu du XVe siècle, le roi René, peut-être inspiré par ce qu’il avait pu observer en Italie ou en Provence, avait acheté à faible distance des villes d’Angers et de Saumur, des demeures de campagne qu’il avait fait restaurer. Dans le choix de ces sites, le duc d’Anjou semble déjà avoir accordé une importance toute particulière à leur environnement naturel, notamment à l’eau.
Monplaisir, Belair, Beauséjour
Aux siècles suivants, consécutivement à la montée en puissance de la classe bourgeoise, officiers, rentiers et riches négociants urbains acquièrent des terres en bord de Loire pour y bâtir une maison de maître ou une maison de plaisance, très souvent associée à un vignoble. Si ces maisons de maître sont avant tout des exploitations agricoles permettant d’assurer des revenus à leurs propriétaires et de leur fournir des produits frais toute l’année, la recherche d’un cadre de vie agréable et champêtre, loin de l’agitation citadine, transparaît dans les noms évocateurs qui leur sont donnés : Monplaisir, Belair, Bellevue, Beauséjour, Plaisance…
Peu à peu, la demeure de villégiature s’ouvre sur le paysage par l’intermédiaire du jardin. Les cartes et les plans du territoire ligérien témoignent de la généralisation du jardin régulier dans bon nombre de propriétés où utilité et ornement se confondent parfois dans un même aménagement.
Jardins avec vue
À la fin du XVIIIe siècle, le nouvel intérêt porté au paysage "naturel", apparu en Angleterre, se diffuse, comme ailleurs, le long des rives de la Loire. Au jardin géométrique aménagé en terrasses se substitue désormais une forme de jardin adaptée au relief du terrain, au tracé courbe, offrant des vues sur la demeure, la nature environnante et les pièces d’eau naturelles ou artificielles. Pavillons, kiosques et embarcadères rythment la promenade et ménagent des temps de repos pour jouir du panorama et de "tableaux de nature" savamment composés. Ce mode d’appréciation de l’environnement s’imposera au cours du XIXe siècle.