Vous avez dit troglo ?

La littérature — Rabelais surtout, qui évoque dans son Pantagruel  la caverne des Troglodytes — et l’imaginaire collectif ont longtemps fait des troglodytes un habitat rudimentaire et réservé à une classe sociale peu favorisée. Il n’en est rien…

Sur sa rive gauche, entre la confluence et Saint-Rémy-la-Varenne, la Loire présente près de 40 km de roche calcaire au tracé rectiligne. Avec une élévation moyenne de trente mètres, ce coteau constitue un des éléments paysagers forts qui font la renommée de cette partie du Val de Loire Unesco. Tantôt près de la route de Loire, tantôt éloigné, il est interrompu par des vallons d’orientation nord-sud, plus ou moins encaissés, montant au plateau viticole.

Creusé dans la roche, le troglodyte est utilisé à la fois comme habitation et comme dépendances établies au-devant d’anciennes bouches de cavage. Si chaque espace troglodytique est différent, on y retrouve les mêmes aménagements : une cheminée, un four (à pain ou à fruits), des boulins pour nicher les pigeons.

Un parement en moellon de tuffeau cloisonne l’espace intérieur qui peut comporter différents niveaux. Il n’est pas rare dans ce cas d’avoir plusieurs cheminées superposées dont les conduits jaillissent au niveau supérieur, sur le plateau, au milieu des vignes. À côté ou à l’arrière de l’habitation se trouvent d’autres espaces troglodytiques utilitaires dédiés au vin (pressoirs, chais) ou aux animaux (cochons, ânes, mules, basse-cour).

Une architecture soignée

Lorsque le replat est suffisamment large, il permet l’installation d’une habitation semi-troglodytique au-devant du coteau. L’étude de l’habitat troglodytique dans le Saumurois montre qu’il est lié au développement des administrations royales et municipales à Saumur aux XVe et XVIe siècles. C’est le cas de la rue du Château à Souzay-Champigny, qui concentre une dizaine d’habitations troglodytiques et semi-troglodytiques à l’architecture soignée, aménagées à partir de la seconde moitié du XVe et dont l’apogée de construction se situe autour de 1580.

Ça s’écroule !

Curiosité dans le paysage du plateau calcaire, les fontis se présentent sous la forme de gouffres d’effondrement de forme cylindrique ou oblongue. Les premiers fontis dateraient du XVIe siècle. Ils permettent alors d’aménager de nouveaux espaces, éloignés de l’entrée du coteau, mais bénéficiant dès lors d’une lumière naturelle : le pourtour de l’excavation comprend moult départs de galeries (vestiges des galeries souterraines d’extraction de la pierre) et de nombreuses dépendances agricoles. Le centre du fontis est souvent occupé par un jardin organisé sur le remblai laissé par l’effondrement et offrant une terre fertile. Parfois, une maison non troglodytique y est édifiée. Il existe même un fontis avec piscine !

Illustration principale : Aménagement troglodytique au devant d'une bouche de cavage. © Armelle Maugin